"But I love your feet
only because they walked
upon the earth and upon
the wind and upon the waters,
until they found me."

Pablo Neruda (via texassiren)

ღ ♥

(via jacquie2blue)

Prière à la vie (Gebet an das Leben)

Certes, comme on aime un ami
Je t’aime, vie énigmatique –
Que tu m’aies fait exulter ou pleurer,
Que tu m’aies apporté bonheur ou souffrance.

Je t’aime avec toute ta cruauté,
Et si tu dois m’anéantir,
Je m’arracherai de tes bras
Comme on s’arrache au sein d’un ami.

De toutes mes forces je t’étreins!
Que tes flammes me dévorent,
Dans le feu du combat permets-moi
De sonder plus loin ton mystère.

Être, penser durant des millénaires!
Enserre-moi dans tes deux bras :
Si tu n’as plus de bonheur à m’offrir –
Eh bien – il te reste tes tourments.

Lou Andreas Salomé (1861-1937)

Drôle… certains jours on tombe sur des trucs comme ça, des journées qui commencent mal, avec des mauvaises nouvelles, où vous croisez les mauvaises personnes. Et puis un poème, qui porte votre pseudonyme. Et dans votre souffrance, il vous arrache un sourire, car il est apparu comme un clin d’œil, une petite lueur, le rappel de temps heureux, des moments joyeux et paisibles. Une façon de relativiser, il exprime ce que vous avez toujours pensé, revendiqué haut et fort “le bonheur va de paire avec la souffrance, on ne prend pas l’un sans accepter l’autre”. La lumière passée, le tourment qui vous anime devient d’un seul coup beaucoup plus distant…

by Lou. St Malo

by Lou. St Malo

"

Je n’arrive plus à m’entendre même superficiellement avec des gens qui jouent un rôle, qui vivent dans des images. Ils me font peur, ils m’angoissent. Ils me fichent une sensation de solitude terrible. L’année passée, j’ai revu l’éditeur de mes poèmes. […]. Une chose qu’il m’a dite alors m’a terriblement frappé : “Vous le verrez en vieillissant, mon cher, la plupart des gens sont des stéréotypes, on leur prête une vie intérieure qu’ils n’ont pas. C’est pour ça qu’on a tellement besoin de littérature. Si vous avez ce talent, continuez à écrire. Les écrivains offrent aux gens une vie que sans leurs livres ils n’auraient pas. Et cette vie-là est plus riche, plus belle, plus variée que ce qu’on appelle la vraie vie. Plus précieuse aussi”

Lena regarde Wolf. Elle pense qu’en cet instant, il ressemble à un loup. Evidemment. Elle ne le lui dira pas. Elle sourit parce qu’elle pense qu’il le sait et qu’il préfère le silence.

Tout en mettant un nouveau disque, il dit que les choses qu’on désire vraiment finissent toujours par arriver, si l’on en croit les sages Chinois d’autrefois. Et les phrases où il y a le mot “désir” sont toujours à prendre en considération, ajoute-t-il en revenant dans la cuisine. Lena s’est accoudée à la fenêtre. Il la rejoint, s’installe à côté d’elle.

– C’est si beau, dit-il, et le moindre nuage m’impressionne plus qu’un château, c’est la plus belle architecture du monde.

– Et regarde : la mer est de quatre couleurs.

"

Extrait de : Choses qu’on dit la nuit entre deux villes de Francis DANNEMARK.

   

by Lou. St Malo

by Lou. St Malo

"

Ni l’un ni l’autre n’a ajouté un mot ; chacun a soutenu le regard de l’autre quelques secondes encore avant de détourner les yeux, comme si tout avait été dit. Des deux, c’est Pa qui avait l’air le plus triste, alors que papa paraissait surtout furieux et blessé.

"Écoute, Jimmy" Les yeux de papa ont regardé son bras où Pa avait posé la main, "de différentes façons, j’essaie de te dire cela depuis que je te connais, alors laisse-moi le dire une dernière fois et qu’on n’en parle plus. C’est très beau, les rêves, mon gars ; sans rêve, la vie ne vaut pas un clou, surtout quand on a l’âge de Joey et qu’on se voit un jour devenir Président, le prochain champion de football, ou soldat ou Dieu sait quoi encore. Mais on grandit, et arrive un moment où il faut se choisir un but, donner tout ce qu’on a dans le ventre pour l’atteindre, parce que tout comme les rêves font naturellement partie de l’enfance, une fois que l’âge adulte te tombe dessus, mon gars – alors il s’agit de transformer le rêve en réalité. Et tu sais, Jimmy, la tâche peut être difficile, mais ce ne serait rien encore si les choses étaient aussi simples ; malheureusement elles ne le sont pas, parce que parfois, le rêve, il ne se réalise pas, mon gars. Quelquefois, on a les astres contre soi, ou bien on connaît des revers de fortune, ou on n’est pas assez malin, mais on peut l’être trop aussi… Et puis il y a ceux qui touchent pratiquement au but, mais au lieu de cueillir le fruit de leur effort ne cessent de repousser l’échéance. Des raison, il y en a autant que de personnes dans ce monde, mais peu importe finalement, parce que lorsque l’on a fait tout ce que l’on pouvait sans réussir à atteindre son but, alors il faut abandonner son rêve et regarder ailleurs – c’est ce qu’il y a de plus dur dans la condition d’adulte, Jimmy, mais il faut apprendre à l’accepter, mon gars. Parce que sinon, si on se cramponne trop longtemps, un rêve qui ne se réalise pas, il enferme dans l’enfance, et il se passe alors une drôle de chose, Jimmy, j’ai vu ça plusieurs fois. Ce rêve qui apparemment faisait la valeur de la vie, il se retourne et empoisonne la vraie vie qui reste pourtant possible".
(…)
“Je sais que tu as des rêves. Certains me passent largement par-dessus la tête, mais il faut que je te dise, Jimmy, il faut que je te dise la chose la plus dure que j’ai eu à dire de toute ma vie à quelqu’un: si un gars me raconte qu’il a un rêve, s’il abandonne son boulot pour réaliser ce rêve, et si, lorsque je le rencontre juste après, il a une étincelle dans le regard et une nouvelle énergie dans la démarche, je vais me dire que son truc, quel qu’il soit, lui réussit. Mais, Jimmy, si en allant jusqu’à la maison de ce gars, je le trouve encore couché à midi, je vois un matelas sans draps, des assiettes sales dans l’évier, s’il me regarde d’un œil boueux comme s’il émergeait d’une gueule de bois de quinze jours, si en allant faire un tour il se casse la figure et ne trouve pas la force de se remettre debout sur ses jambes pour échapper à la foutue pluie… si je demande à un gars dans cet état ce qu’il fabrique, et qu’il me répond qu’il poursuit un rêve, je vais forcément croire qu’il me ment, ou bien que c’est un triple idiot qui se ment à lui-même – alors tu vas me dire, Jimmy : “tu te ranges dans quelle catégorie ?” De mon point de vue, on dirait que tu es en train de foutre ta vie en l’air en te laissant complètement aller, et que tu as tellement honte que tu parles de rêves, mais tu sais, mon gars: personne encore n’a réussi à me faire passer des vessies pour des lanternes, ou du pipi de chat pour de la petite bière, et je tiens à te dire que ce n’est pas toi qui vas commencer.”

Papa a regardé vers le lac avec les yeux tristes et ternes comme du plomb, puis il a redressé les épaules et affronté Pa. “De quel droit me parlez-vous ainsi?” “Aucun, mon gars, sauf que j’ai de l’affection pour toi” “Vous ne savez pas ce qu’il y a au fond de mon cœur” “Eh bien, explique-moi” a dit Pa “d’ailleurs si je reste ici, c’est bien pour essayer de le découvrir.” “Moi, je ne peux me fier qu’aux apparences et les apparences disent que tu es au fond d’un trou, que tu continues de creuser et de t’enfoncer : mais bon sang, je me demande bien ce que tu cherches, de l’or peut-être, à moins que tu n’aies simplement décidé de toucher le fond du gouffre. Jimmy, tu sais, c’est un gouffre sans fin, celui où tu t’enfonces. On ne peut que renoncer et remonter, ou s’enfoncer à jamais. Moi, je te dis : arrête de creuser, pose ta pelle, remonte, et si tu refuses de m’écouter, moi ou un autre, tiens, prends ça…” Il a sorti le 38, Pa, et il l’a flanqué dans la main de papa. “Autant accélérer le mouvement et en finir tout de suite..”

"

Les vieux rêves…

Extrait du roman: Le Monde perdu de Joey Madden de David Payne

by Lou. Dinan, petite libraire

by Lou. Dinan, petite libraire

"

Elle écrit.

Des carnets de toutes les couleurs. Des encres de tous les sangs.

Elle écrit le soir, ce ne serait pas possible autrement. Après les courses, le bain donné à l’enfant, les leçons à faire réciter. Elle écrit sur la table desservie. Loin dans le soir. Tard dans la langue. Quand l’enfant l’abandonne pour la menue monnaie d’un sommeil, ou d’un jeu. Quand ceux qu’elle nourrit ne savent plus rien d’elle. Quand elle est là elle-même hors d’atteinte : seule devant la page. Misérable devant l’éternel.

Beaucoup de femmes écrivent ainsi, dans leurs maisons gelées. Dans leur vie souterraine.

Beaucoup qui ne publient pas.

Ma vie me fait souffrir . ma vie me tue le jour, la nuit je tue ma vie.

J’attendais d’être reine. Je ne sais plus que mendier. Je voulais vivre de bel amour. Je meurs de sale blessure. Et pourtant je suis là : indemne. Je souffre de ma vie intacte dedans ma vie ruinée. Je meurs de trop de chant dans trop peu de feuillage.

Elle va dedans sa vie comme une aveugle. Elle va dans l’écriture comme un printemps. De temps en temps elle vous montre un carnet. Chacune des phrases vous touche, comme au fleuret : leur pointe acérée pénètre à merveille dans vous yeux. Ce qui vous touche est un mystère. C’est là et c’est ailleurs.

Un jour elle écrit. Un autre jour elle n’écrit plus.

Ce deuxième jour dure des années. Ce temps est emmené par l’enfant dernier-né. Elle reverse le lait des encriers. Elle lange l’enfant dans les pages blanches. Elle lui cède toutes ses phrases. Il en fait des ombres chinoises, des cris, des rires. Il en fait n’importe quoi. Elle lui donne son bien le plus précieux –sa voix. Il en fait un jouet docile, merveilleusement souple. Elle s’attache à l’enfant de tout ce qu’elle lui donne : les carnets, la solitude, le silence. Tout.

Elle contemple l’étendue chaque jour croissante des fatigues. Elle sourit. On pourrait même parler de bonheur. Une espèce singulière du bonheur. Une manière d’être heureuse qui n’empêche pas la souffrance, qui ne gêne pas le désespoir en cours. Un roseau sur le bord des eaux noires. Elle est dans le souci incessant de l’enfant, dans la veille insomniaque. Elle est dans ce souci pour tous ceux qui l’approchent. C’est une façon apprise dans l’enfance. C’est une nature seconde, plus forte que sa nature. C’est sa façon d’aimer, elle n’en connaît pas d’autre : d’un amour de pure perte. D’un amour survivant à toutes fins. D’un amour survivant à l’amour. L’enfant grandit, fortifié d’elle. Les premiers pas, les premiers mots. Les heures d’école.

Alors elle revient aux carnets. Doucement d’abord. Comme à la dérobée. Fautive. Dans les premières pages, elle colle des photographies de l’enfant. Puis, un peu plus loin, des fragments de peinture. Avec parfois une phrase d’un livre aimé. Un galet dans l’eau vive des lectures. Les images se font plus rares. Les phrases s’agrandissent. Toujours des citations –qu’elle corrige quelquefois. Elle dit : rectifié. Ça, c’est du Paul Eluard rectifié. Et ça, de l’Apollinaire, rectifié aussi. Elle change un mot, exile une virgule pour atteindre plus de fraîcheur. La convalescence se poursuit. La greffe prend bien. Elle renoue peu à peu avec sa voix, d’abord couverte par celle des autres.

Enfin elle n’écrit plus qu’elle-même. Seule et chantante. Désespérée et riante. L’enfant sommeille dans la chambre à côté. L’enfant qui bientôt la quittera.

L’amour qui nécessairement la tuera.

Comme on rêve, elle écrit. Comme on rêve d’une vie d’autant plus vraie qu’elle manque, d’autant plus claire qu’elle brûle. L’enfant n’y entre pas dans cette vie, ni le mari, ni même soi. C’est une vie qu’on n’a pas, et pourtant c’est la seule. Elle écrit pour l’avoir.

Elle écrit pour le pain de silence, la mie de lumière. Le blé de l’encre.

On s’éprend de son style comme on pourrait s’éprendre d’elle. C’est la même chose. La même rivière sous la feuille blanche, sous la robe rouge. Elle est devant la langue comme devant le miroir des légendes.

Dans l’enfance elle contemplait le ciel dans une flaque d’eau. Son cœur se prenait aux plus simples lumières.

C’est cela qu’elle trouve dans l’écriture. C’est cela qu’elle trouve dans la lecture. Elle lit beaucoup, des romans. Les livres sont comme une eau de fontaine. Elle en approche son visage pour le rafraîchir. Il n’y a aucune différence entre la lecture et l’écriture. Celle qui lit est l’auteur de ce qu’elle lit. Parfois l’auteur est inégal, elle s’ennuie de sa propre lecture comme on dort d’un sommeil laborieux, épuisant. Comme elle est sage, comme ses parents ont mis en elle cette obéissance de sagesse, ce mensonge du devoir, elle va jusqu’au bout du livre, elle ne sait pas plus abandonner un mauvais livre qu’un mauvais mari. Tant pis elle reste, elle va jusqu’à la dernière page, jusqu’à la fin des temps. Le mari souvent s’étonne : encore un roman. Elle ne répond pas.

D’ailleurs allez répondre à cette question : pourquoi tu lis des romans, pourquoi cette manie de bonne femme, ce temps gâché à lire.

Qui entendrait la vraie réponse : je lis pour faire sa place à la douleur. Je lis pour voir, pour bien voir –mieux que dans la vie – l’étincelante douleur de vivre » Je ne lis pas pour être consolée, puisque je suis inconsolable. Je ne lis pas pour comprendre, puisqu’il n’y a rien à comprendre. Je lis pour voir la vie en souffrance dans ma vie –simplement voir. Oui, allez donc répondre ça.

La douleur est dans la vie des femmes comme un chat qui se faufile entre leurs jambes quand elles repassent le linge, refont les lits, ouvrent les fenêtres, épluchent une pomme. Un chat qui parfois leur prend le cœur, l’envoie rouler à plusieurs mètres, le reprend dans ses griffes, en joue comme d’une souris mourante. Ce chat est dans la vie des femmes même quand il les laisse en paix. Elles savent qu’il est là, dans un coin. Elles ne l’oublient jamais. Jusque dans la joie elles l’entendent respirer, comme on perçoit le chant d’une source sous tous les bruits de la forêt.

Les hommes ne laissent pas la souffrance séjourner en eux. A peine l’ont-ils devinée qu’ils l’expulsent en violence, en colère, en travaux.

Les femmes, elles, la reçoivent comme un chat affamé qui a besoin, pour reprendre vie, de les détruire. Elles ne bougent pas. Elles laissent faire et, pour occuper ce temps mort des souffrances, elles ouvrent un livre, un roman, encore un roman. Ce qu’elles y trouvent, c’est ce qui est dans chacun de leurs jours : l’espérance et les ruines, l’inquiétude et la grâce, l’éternelle plaie de vivre, un chat miséreux, chassé de partout, recueilli là endormi sur la page, les flancs maigres, un prince noir de douleur.

Quand elle n’écrit pas dans les carnets, quand elle ne lit pas dans les miroirs, elle regarde les hommes qui l’approchent. Elle a pour eux des manières brûlantes et froides. Elle séduit sans connaître sa séduction, elle séduit en raison de cette méconnaissance. Elle est comme lasse de plaire, fatiguée de vous et d’elle-même et de tout : présente, elle est absente.

Elle est dans l’ombre, retournée vers l’enfance. A vingt ans elle avait de longs cheveux noirs. Une rivière aux épaules. Une armure de douceur. C’est peut-être ça qu’elle recherche dans les carnets dormants : l’ancien visage, l’image ouverte. Un peigne de mots sur l’encre noire.

C’est peut-être ça, ou autre chose. Et même rien. Il y a besoin de si peu, pour écrire. Il n’y a besoin que d’une vie pauvre, si pauvre que personne n’en veut et qu’elle trouve asile en dieu, ou dans les choses. Une abondance de rien. Une vie à l’inverse de celles qui sont perdues dans leur propre rumeur, pleines de bruits et de portes. On écrit mal avec de telles vies. Elles sont sans intérêt à dire.

On ne peut bien voir que dans l’absence.

On ne peut bien dire que dans le manque.

On ne peut, pour voir le pur visage de la mendiante, que tourner les pages d’un carnet, regarder ces écritures qui s’entassent dans le soir : l’héritage fabuleux qui grandit dans le sommeil de l’enfant.

"

– Christian Bobin - Une petite robe de fête

by lou. St Malo

by lou. St Malo

"

Plume ne peut pas dire qu’on ait excessivement d’égards pour lui en voyage. Les uns lui passent dessus sans crier gare, les autres s’essuient tranquillement les mains à son veston. Il a fini par s’habituer. Il aime mieux voyager avec modestie. Tant que ce sera possible, il le fera.

Si on lui sert, hargneux, une racine dans son assiette, une grosse racine : « Allons, mangez. Qu’est-ce que vous attendez ? »

« Oh, bien, tout de suite, voilà. » Il ne veut pas s’attirer des histoires inutilement.

Et si la nuit, on lui refuse un lit : « Quoi ! Vous n’êtes pas venu de si loin pour dormir, non ? Allons, prenez votre malle et vos affaires, c’est le moment de la journée où l’on marche le plus facilement. »

« Bien, bien, oui… certainement. C’était pour rire, naturellement. Oh oui, par… plaisanterie. » Et il repart dans la nuit obscure.

Et si on le jette hors du train : « Ah ! alors vous pensez qu’on a chauffé depuis trois heures cette locomotive et attelé huit voitures pour transporter un jeune homme de votre âge, en parfaite santé, qui peut parfaitement être utile ici, qui n’a nul besoin de s’en aller là-bas, et que c’est pour ça qu’on aurait creusé des tunnels, fait sauter des tonnes de rochers à la dynamite et posé des centaines de kilomètres de rails par tous les temps, sans compter qu’il faut encore surveiller la ligne continuellement par crainte des sabotages, et tout cela pour… »

Bien, bien. Je comprends parfaitement. J’étais monté, oh, pour jeter un coup d’œil ! Maintenant, c’est tout. Simple curiosité, n’est-ce pas. Et merci mille fois. « Et il s’en retourne sur les chemins avec ses bagages.

Et si à Rome, il demande à voir le Colisé : « Ah ! Non. Ecoutez, il est déjà assez mal arrangé. Et puis après, Monsieur voudra le toucher, s’appuyer dessus, ou s’y asseoir. C’est comme ça qu’il ne reste que des ruines partout. Ce fut une leçon pour nous, une dure leçon, mais à l’avenir, non, c’est fini, n’es-ce pas. »

« Bien ! Bien ! C’était… Je voulais seulement vous demander une carte postale, une photo, peut-être… si des fois… « Et il quitte la ville sans avoir rien vu.
Et si sur le paquebot, tout à coup le Commissaire du bord le désigne du doigt et dit :
« Qu’est-ce qu’il fait ici, celui-là ? Allons, on manque bien de discipline là, en bas, il me semble. Qu’on aille vite me le redescendre dans la soute. Le deuxième quart vient de sonner. » Et il repart en sifflotant, et Plume, lui, s’éreinte pendant toute la traversée.

Mais il ne dit rien, il ne se plaint pas. Il songe aux malheureux qui ne peuvent pas voyager du tout, tandis que lui, il voyage, il voyage continuellement.

"

– Henri Michaux - Plume

I miss you

I miss you

bartleby-company:

Genet

bartleby-company:

Genet

ratak-monodosico:

The Kiss ca. 1930, William-Mortensen.  American (1897-1965)

ratak-monodosico:

The Kiss ca. 1930, William-Mortensen. American (1897-1965)